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U-zine.org : chronique de Anubi - Kai pilnaties akis uzmerks Mirtis

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Anubi - Kai pilnaties akis uzmerks Mirtis


  Anubi - Kai pilnaties akis uzmerks Mirtis

Label : Danza Ipnotica Records
Style : Black Metal Avant-gardiste
Sortie : 1997
[ Voir la tracklist ]

[ Voir la fiche du groupe ]

Dans son immense diversité et en dépit de l’affection que j’entretiens à l’égard du style, l’avant-gardisme peut devenir très rapidement gonflant. De plus en plus, le libellé en question est accolé à des formations complètement nébuleuses, qui déstructurent sciemment toute notion de musicalité au point d’en devenir un capharnaüm aussi incompréhensible que pénible. Et le plus rageant dans cette affaire est que la plupart des groupes qui font une musique dont personne ne comprend rien en font un argument de vente partiellement élitiste, typée ‘génie incompris’, et le public derrière feint l’admiration pour prétendre entrer dans le club très select des auditeurs d’arts obscurs, souligné par LA phrase extraordinairement passe-partout ‘Nan mais tu ne peux pas comprendre c’est tout’.

C’est vraiment ce sentiment qui m’a animé au lancement de ce Kai pilnaties akis uzmerks Mirtis, des mystérieux Lituaniens d’Anubi. Forts de 3 démos et d’un EP parus entre 1993 et 1996, que j’admets n’avoir jamais écouté, le duo a mis en lumière ce premier et dernier full-lenght en 1997. Passée une introduction fumeuse, où un clavier un poil halluciné et un chant incantatoire côtoient des notes aléatoires d’un saxo sorti d’on ne sait où, la suite prend place, la distorsion fait son entrée et les interrogations grossissent. Des instruments loin, très loin dans le mix semblent s’adonner à une expérimentation solo, où chacun paraît officier dans son coin, évoluer sans symbiose avec les autres, notamment sur cet étrange break où la basse se livre à une démonstration technique et parfaitement indépendante du chant et du piano qui vient couiner de temps à autres, comme une manière de dire ’Hého j’suis là !’
Bref, tout ce ci ne semble être ni en place, ni franchement réfléchi. Bordélique quoi.

Pas suffisamment intriguant pour entretenir la curiosité ou l’impatience d’entendre la suite. Et pourtant, à mesure que les morceaux s’enchaînent l’ambiance s’instaure et fini par prendre. Axée autour de la mythologie égyptienne, l’atmosphère caverneuse, l’architecture labyrinthique et l’aspect psalmodique du genre, qui sait néanmoins se diversifier, alternant éraillement et voix claire, permet à l’auditeur de pénétrer peu à peu dans l’univers alambiqué d’Anubi.
Plus vous avancerez dans le disque, plus vous constaterez avec délices que derrière l’apparente déconstruction existe une matière solide et une composition d’excellente facture. Même si certains choix musicaux cassent un peu l’ambiance (Gyvenimo Kritimà Dovanosim Krankliui et son orientation presque plus rock), c’est globalement à un album très cohérent auquel nous avons à faire qui sait accentuer sa différence et sa cohésion si les écoutent se multiplient. Ce qui vous arrivera très certainement si vous êtes friands d’atmosphères léchées et hypnotiques.

Proposant une musique très imagée, Kai pilnaties akis uzmerks Mirtis souffre néanmoins de sa première partie, et peine malheureusement un peu trop longuement à trouver son rythme de croisière. Les intervenants atypiques se mettent en place d’une manière trop maladroite au commencement de l’album, comme nous l’évoquions précédemment pour le premier et deuxième morceau. Le clavier, le piano et le sax se manifestent d’une manière erratique et ne trouveront donc leur légitimité que plus tard dans l’album ce qui peut être rédhibitoire pour les moins volontaires d’entre nous, pour ceux qui veulent accrocher de suite sans s’encombrer de longue introduction avant de s’immerger dans un nouvel univers.
Car c’est là la qualité et le défaut d’Anubi, qui sait construire une musique illustrant le propos mais qui le fait un peu trop étrangement pour que la rondelle convienne à tout le monde.

Les riffs sont intelligents, l’ensemble finalement peu agressif est paradoxalement assez calme malgré les vocaux parfois black du groupe,enfin, la touche de folie qui enrobe le tout est tout ce qu’il y a de plus plaisante. Malheureusement et comme le monde n’est pas parfait, après ce premier véritable album, Anubi a splitté en raison de la mort du vocaliste dans un accident en mer, lourde perte dont le projet ne se sera pas relevé.
Un bon album, original et bien fait, qui peut largement vous séduire si vous vous sentez des atomes crochus avec les dimensions musicales nouvelles.

Note : 8 / 10


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