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Ulver - The Norwegian National Opera


  Ulver - The Norwegian National Opera

Label : Jester Records
Style : Electro / Ambiant / Avant-Garde
Sortie : Novembre 2011
[ Voir la tracklist ]

[ Voir la fiche du groupe ]

If pride is a sin, we are guilty. Forgive us.

C’est sur ces mots que s’achève l’annotation écrite par Ulver dans le livret de son tout premier témoignage live. Car après un seul et unique concert en 1993, alors qu’Ulver ne soupçonnait sans doute pas l’évolution sonore radicale qu’il allait prendre plus tard, il aura fallu attendre 2009 et l’abandon total de son black metal inspiré d’origine pour voir la formation norvégienne fouler les planches européennes.

Enregistré à l’Opera National de Norvège, à Oslo en juillet 2010, ce pack DVD/Blue-Ray, au splendide graphisme épuré, mêlant teintes bleues et noires, à la finition soignée, simple mais pas simpliste, rend hommage à la tournée qui s’est arrêtée en France, à la Cigale, la même année, belle consolation pour ceux qui, comme votre serviteur, avaient eu la malchance de n’assister qu’au spectacle donné au Trabendo, concert très réussi, mais qui ne rendait pas justice à la passionnante discographie de ce groupe pas comme les autres.

La très courte mais saisissante introduction du Blue-Ray (qui contrairement à certaines sorties apporte une réelle plu value, par rapport à la qualité dvd), plonge immédiatement le spectateur avide d ‘en prendre plein les connexions nerveuses dans l’univers Ulver, quelques images subliminales se greffent dans le cortex pour s’arrêter sur un vol d’oiseau en noir et blanc, gavé de grain. Une liste de titres, et un Witness qu’il faudra sélectionner pour lancer le concert, et la magie opère.
Le bal s’ouvre par la performance déroutante d’Ark Todd, exécutant The Moon Piece, sorte de danse pétrifiée, ou l’homme désincarné prend des allures de pendu, semblant hurler en silence à la lune alors que l’hémoglobine coagulée s’extirpe de sa gorge, sur un fond de piano sensible et discret, dans un silence quasi absolu. L’ambiance est fixée, l’inconfort et la contemplation s’installent, il en sera ainsi sur les deux heures d’un spectacle éprouvant mais magnifique à bien des égards.

Tentant de couvrir toute la discographie electro d’Ulver, négligeant bien entendu ses origines Black Metal, le concert offrira au spectateur une plongée dans les méandres des plus malsaines ressources de l’humanité, forçant par ses visuels intenses et sa musique tantôt aérienne, tantôt chaotique a contempler le mal, la destruction, la folie, la joie, aussi parfois. Car au-delà de la qualité de la musique d’Ulver, dont nombre d’entre nous, je le sais, sont particulièrement friands, c’est aussi et surtout sa force évocatrice qui laisse sans voix, qui choque autant qu’elle transporte.

Assister à ce spectacle, même calé dans son salon, demeure une vraie expérience qui parvient à transmettre l’inconfort et l’introspection, les sentiments partagés entre dégoût du genre humain et admiration de la pertinence des choix graphiques illustrant les sons atypiques d’Ulver, même à travers d’un foutu dvd. A mesure que s’égrainent les titres, on se laissera bercer par le pouvoir de suggestion morbide de l’explosion folle d’In the Red/Operator, souffler par l’apocalypse nouvelle d’un Hallways of Allways ou d'un extraordinaire Rock Massif, qui deviennent d’ailleurs plus saisissantes en live, plus organiques, différentes.
Car si l’on était en droit de s’interroger sur la difficulté de restitution de certains album très synthétiques comme l’extraordinaire Blood Inside, autant dire que les choix d’Ulver sont magistraux, réinterprétant avec audace et davantage de conviction des titres que nous croyions connaître mais qui renaissent sous nos yeux, avec d’autant plus d’impact qu’ils sont encore une fois illustrés de visuels à l’esthétisme très soigné, contrastant avec la violence et la rudesse des images.

Car c’est aussi ce sens du détail qui rendra les choses plus intellectuelles, c’est aussi dans la nuance que s’exprime Ulver, projetant des graphismes ésotériques autant que des images du IIIème Reich et de ses camps de la mort, des plongeurs aériens et des chasses à courre ou films pornographiques d’un autre âge, bref c’est une traversée de l’histoire moderne et des actes des Hommes, coupables de félonies à l’encontre de son propre camp, de son propre équilibre, à plusieurs niveau de lecture à laquelle nous aurons droit, toujours pertinente, jamais voyeuriste, toujours tentant de répondre à cette cruelle et introspective question, diffusée à la fin du spectacle : What kind of Animal are you ?.

Quelle sorte d’animal es-tu ? Interrogation perturbante au regard de l’intensité des deux heures d’un Ulver au sommet de son art. La question n’est pas anodine, elle est le fil conducteur de la set-list, la pensée qui creuse plus intensément la substance de la musique et des images sélectionnées par Ulver, qui contraint le spectateur à sonder son inconscient et presque à s’excuser des générations passées et actuelles, impuissant face au constat de la malheureuse actualité d’un adage bien connu selon lequel l’homme est un loup pour l’homme.

Particulièrement en forme, (peut-être parce qu’ils ne tombent pas dans l’excès de pinard/rouloche comme au Trabendo), les musiciens d’Ulver ont du talent, Garm, de la voix. L’exécution est au cordeau, s’autorise des escapades improvisées mais discrètes, ne laisse néanmoins place à aucune excentricité, aucune pause rafraîchissante, sans pour autant tomber dans l’asphyxie profonde.

L’image de cet enfant des années 2000 lors des extraits de The Leg parachève d’un regard triste et accusateur le malaise et la culpabilité instaurés depuis les premier balbutiements de l’excellente Eos tandis que surgit à nouveau Ark Todd, dans le plus simple appareil, une disgracieuse excroissance sur le haut du crâne, prostré de douleur, tentant vainement de se relever au gré des notes d’un Daniel O’ Sullivan impeccable d’un bout à l’autre d’un concert qui ne peut pas laisser indifférent, conclut par une standing-ovation plus que justifiée, que l’on souscrive ou non à la musique des Loups norvégiens.
Alors, certes, si certains choix de réalisation laissent à désirer, si les moments intenses de la musique auraient gagnés à être filmés à la caméra fixe sans tomber parfois dans cette succession épileptique de plans à la MTV, gâchant l’émotion au lieu de la renforcer, si nous aurions également espéré davantage de contenu, aucun grief ne peut être invoqué à l’encontre d’une sortie qui marquera cette fin 2011, qui ne lève pas le mystère qui entoure depuis toujours Ulver, mais qui l’intellectualise, qui donne quelques pistes quant à la teneur réelle des propos et des ambitions du groupe, et c’est là que se trouve l’une de ses forces.

Oui, les superlatifs sont de sortie. Oui, Ulver peut-être fier de ce spectacle, en dehors du temps. Il peut être fier de sa discographie complète, de son évolution, et de proposer un objet d’une telle qualité, d’une telle finition, au propos mature et intelligent, affirmant Ulver comme l’une des formations les plus adultes de sa génération.
Indispensable.

What kind of Animal are you ?

Note : 9.5 / 10


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¤ Ulver à Paris @ Paris - 11 février 2010

 
 

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