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U-zine.org : chronique de Pantera - Reinventing the Steel

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Pantera - Reinventing the Steel


  Pantera - Reinventing the Steel

Label : Elektra
Style : Power Thrash
Sortie : 2000
[ Voir la tracklist ]

[ Voir la fiche du groupe ]

C’est marrant parfois de voir à quel point il y a des albums de groupes cultes qui sont peu évoqués, quasiment oubliés, leurs qualités étant très souvent occultée par la maestria de leurs ainés. Prenons l’exemple de Pantera, groupe qui fait la quasi-unanimité, qui manque à bon nombre d’entre nous, et qui dès Cowboys From Hell en 1991, n’a cessé de perfectionner son art, n’entachant pas sa discographie d’un seul album faiblard. A chaque fan de Pantera correspond son album culte des Texans. Pour certains ce sera l’efficacité décomplexée d’un Cowboys From Hell, pour d’autres, la claque Thrash de Vulgar Display of Power ou l’atmosphère poisseuse d’un Far Beyond Driven et pour votre humble serviteur comme pour de nombreux autres, l’album qui tue, LE skeud estampillé Pantera qui surclasse le reste c’est The Great Southern Trendkill.
Et dans tout ça, rarement vous entendrez autour de vous, pas jamais, mais rarement, cité Reinventing the Steel comme album de référence du groupe. Sorti en 2000, mettant fin à 4 ans d’attente d’un vide discographique passablement comblé par la sortie du très bon Official Live : 101 Proof, le retour du quatuor était plus qu’attendu et si l’on percevait déjà les déchirures personnelles qui faisaient rage au sein du groupe, l’écoute de cet album s’est effectuée avec un respect quasi-religieux. Annoncé par le sieur Vinnie Paul un peu partout dans la presse à l’époque comme étant un retour à Vulgar Display of Power, autant dire que la barre était haut-placée, les espoirs immenses, notamment lorsque l’on espère obtenir un mix entre l’énergie d’un Vulgar et la rage sombre d’un The Great Southern Trendkill.

Sur Reinventing, Pantera l’a jouée cash, 10 titres, pas de ballades. Hellbound introduit l’opus à la désastreuse pochette (Pantera n’a jamais brillé par son sens du graphisme il faut dire) et livre une entrée en matière moins percutante que son grand frère. Flanger de Dime, frappe puissante de Vinnie Paul jusqu’à l’explosion vocale du refrain et son accélération finale, Pantera fait toujours du Pantera, nous voilà rassurés. C’est pas la claque d’intro non plus, mais ça avoine suffisamment le museau pour donner l’envie d’aller plus avant. Et l’album trouve rapidement son rythme, Goddamn Electric et son tandem survitaminé Riff/Ryhtmique plombé et groovy en diable prouve que Dimebag Darrel n’a rien perdu de son sens du riffing imparable, avec en prime, s’il-vous plaît, un solo réalisé par Kerry King, enregistré dans les chiottes de l’Ozzfest, pour l’anecdote. Le reste sera du même acabit, le riffing est varié, le duo basse/batterie trouve ici plus de cohérence qu’auparavant, le jeu se fait plus technique et diversifié, Pantera parvient encore à peaufiner son style. Il fait preuve en fait d’une capacité à réunir sur Reinventing the Steel un beau mélange de tout ce que le groupe a pu proposer depuis qu’il a radicalisé son thrash metal teinté de riffs yankees, typiquement U.S. La parchydermique It makes the disappear rappelle l'apocalyptique d'un By Demons be Driven, tandis que Hellbound n'aurait pas dénoté sur Far Betond Driven.
Alors pourquoi Reinventing the Steel est-il sous estimé, voire même un peu boudé par les fans ? Peut-être parce qu’il contient des morceaux un peu plus faibles ou moins inspirés que par le passé, on pense notamment à You’ve Got to Belong to It, pas la meilleure chose qu’ait enregistré la bande de Philou, ou Uplift, qui, assez atypique pour du Pantera, accroche sans pour autant rester en tête ou exploser suffisamment pour te décrocher les cervicales.

Aussi, Reinventing the Steel n’aurait-il pas été victime de son contexte ? Quiconque à en tête les VHS (oui oui les VHS) Vulgar Video et autre Watch it Go garde en mémoire de son groupe fétiche une formation unie, de talent, qui prend son pied à tourner et jammer ensemble. Sentions-nous ainsi à l’époque que le cœur n’y était plus et que la conviction qui animait la composition des autres sorties de Pantera s’était érodée, sabordant ainsi notre perception de la qualité pourtant réelle de ce qui s’est malheureusement avéré être l’épitaphe du quatuor ?

En ce qui me concerne, je pense que ce dernier point à faussé mon jugement. J’aimais bien, sans plus, c’était comme retrouver une ancienne bande de copains au sein de laquelle il existerait des tensions. C’est très con, mais en musique comme ailleurs, il est aussi question de rapport affectif.
Et c’est pourquoi Messieurs Dames, cette chronique est le moyen de réhabiliter Reinventing the Steel, trop négligé et trop décrié dans la presse. Car au-delà de tout ça que reste-t-il de ce skeud qui va fêter tranquillement ses 12 piges ?

Eh bien un album solide, aux morceaux agressifs, aux nuances ciselées dans un immense bloc d’acier, façonné à l’image du talent qui habitait les 4 cowboys from hell. Death Rattle, morceau rouleau compresseur alterne blast et mosh-part, toujours avec cette patte immédiatement, estampillée made in Pantera, et il me suffira d’aborder Revolution is My Name pour vous donner l’envie de l’écouter à nouveau.
Ce morceau, habilement situé à mi-parcours est tout simplement selon moi le meilleur titre jamais composé par Pantera. C’est bien simple, il y a tout sur ce track, et chaque musicien semble se faire plaisir, de la ligne de basse au moindre coup de ride, chaque instant semble être savamment étudié mais confère pourtant un sentiment d’aisance et feeling. Phil Anselmo, particulièrement en voix donne le ton aux mains d’un Dimebag affûté comme jamais, l’architecture du titre est simplement bluffante, Vinnie Paul faisant à lui seul, par ses sensibles variations, évoluer le morceau d’une mesure à l’autre, bref, c’est un hymne national qu’a composé Pantera, et ce Revolution is My Name justifie à lui seul l’achat de l’album, je vous le dit, le coup d’éclat final, I’ll Cast a Shadow fait montre quant à lui d’une capacité du groupe à se renouveler tout en conservant ses fondamentaux.

En somme, Reinventing the Steel n’est pas le meilleur album de Pantera, c’est certain, en dépit de l’affection que je témoigne à cette rondelle, il ne surclasse pas son glorieux prédécesseur, tout comme il n’enterrera pas votre skeud préféré du groupe, quel qu’il soit. Mais il reste une livraison d’excellente facture, parfois inégale mais contenant son lot de pépites brutes, typiquement Pantera et putain moi ça me suffit.
Et lorsque l’on sait que c’est l’album qui précède le split avec l’espoir tragiquement perdu d’une reformation, bah on leur pardonne, et de toute façon moi, Pantera je leur pardonne tout, et je sais que vous aussi.

Note : 8 / 10


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