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U-zine.org : Interview Robert Culat (auteur) (Robert Culat), le 15 avril 2010

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Interview de Robert Culat (auteur) ( Robert Culat )
15 avril 2010


               Suite aux polémiques récentes autour du Hellfest, U-zine donne la parole à Robert Culat, auteur du livre l'Age du Métal, (très prochainement chroniqué sur U-zine) des éditions Camion Blanc.
Robert Culat a la particularité d'être passionné de musique Metal, et prêtre catholique à Carpentras. Retrouvez ci dessous une longue et passionnante interview de celui qui est aussi appelé Padre Bob.

U-zine, Pec : Bonjour, Robert, nous sommes ravis à U-zine et vous remercions d'avoir accepté cet entretien.
Tout d'abord, et si on commençait par le commencement, expliquez nous, Robert, votre parcours, et comment un prêtre catholique, tombe amoureux de la musique Metal, et se passionne jusqu'à écrire un livre (l’Age du Metal) sur le sujet et sur l'univers qui entoure cette musique.


Robert : J’ai déjà dû répondre 666 fois à cette question, cela ne fera donc que la 667ème fois pour U-zine (lol)… Mon premier contact avec le Metal remonte en 1994. J’étais alors un « bébé prêtre », ordonné depuis un an à peine, je sortais des études et je commençais mon premier ministère en tant que vicaire dans la paroisse d’Orange (Vaucluse). J’avais entre autre la responsabilité de l’aumônerie du lycée public de la ville. En recevant les jeunes pour les inscriptions à la rentrée, j’ai eu un choc visuel en voyant débouler dans la salle deux grands lycéens chevelus tout de noir vêtus avec des t-shirts aux motifs pas très bcbg… Bref c’est grâce au look Metal de ces jeunes, dont l’un était membre du groupe Cortège, que ma curiosité a été attisée. Comme je ne savais pas à quoi correspondait ce look, j’ai demandé à leur mère qui m’a ensuite invité à assister à une répétition de Cortège dans le garage familial… Donc au départ c’était simplement de la curiosité intellectuelle et culturelle, l’envie d’en savoir plus sur ce monde alors mystérieux pour moi ! Eric (l’un de ces jeunes) m’a alors passé des CDs, des magazines de Metal etc., et c’est ainsi que je me suis fait ma première culture métallique. De fil en aiguille j’ai commencé à apprécier la musique pour elle-même. L’idée d’écrire un livre est partie d’un constat simple : le paradoxe entre l’image véhiculée par cette musique et le fait que ces jeunes étaient tout à fait sympathiques et même chrétiens participant à la vie de leur aumônerie. Or les rares livres écrits en français sur le sujet par des chrétiens étaient en général très négatifs et se résumaient à une condamnation de cette musique comme mauvaise et dangereuse. Comme cela ne collait pas avec mon expérience, je me suis senti le devoir de rectifier le tir en écrivant mon propre livre.
En 2000, j’ai pris la décision d’écrire et de diffuser un questionnaire parmi les métalleux de France : « Etude sur la planète Metal ». En une grosse année, j’ai reçu 552 réponses de toute la France. Mon but était atteint : avoir une base de donnée objective, la parole des métalleux qu’ils soient fans ou musiciens, avant d’attaquer l’écriture de mon étude.


U-zine, Pec : Votre livre l'Age du Metal a été conçu en partie grâce à un questionnaire que vous avez fait remplir à des amateurs de Metal, par le biais de forums spécialisés. Avec plus de 500 réponses peut-on dire que vous avez réalisé une première véritable étude sociologique comportementale des Métalleux français? Cette étude va dans le sens inverse des clichés tenaces relayés par de nombreux médias (violence, manque de culture, musique d'adolescents etc.). Avez- vous été surpris, et êtes vous toujours surpris par les réponses et par ce que vous constatez sur le milieu du Metal?


Robert : Je ne suis pas sociologue du point de vue universitaire même si ma démarche (donner la parole aux métalleux par un sondage) comporte un élément de sociologie. En 2003, donc avant la sortie de mon livre et après le questionnaire « Etude sur la planète Metal », un sociologue, Fabien Hein avait déjà publié chez Mélanie Séteun et Irma éditions une étude sociologique des musiciens métalleux limitée à la Lorraine : « Hard Rock, Heavy Metal, Metal : histoire, culture et pratiquants ».
Donc mon étude n’est pas la première. Elle l’est si l’on considère que mon échantillon est national alors que celui de Fabien se limitait à la Lorraine et aux musiciens Metal. La même année (2007) que celle de la sortie de mon livre, peu de temps avant, sortait aussi chez le même éditeur (Camion Blanc) l’étude de Nicolas Walzer : « Anthropologie du metal extrême », étude de type sociologique avec un échantillon beaucoup plus réduit de sondés. Les résultats issus des questionnaires grâce au travail de synthèse et de statistiques de deux métalleux français (Bertrand Garnier et Olivier Vezzani) m’ont en effet surpris. En même temps ils confirmaient mon intuition locale : la majorité des métalleux ne sont pas de jeunes adolescents asociaux, dangereux, violents, sataniques, suicidaires ou encore limités au niveau culturel… Les idées communément admises sur ce milieu se révélaient être des constructions issues de la peur et de l’ignorance davantage que de réalités constatables.




U-zine, Pec : Comme vous vous en doutez, cette interview est en grande partie due aux accusations et pressions de politiques du Parti Chrétien Démocrate, qui s'opposent farouchement au festival Hellfest qui aura lieu à Clisson en juin prochain. Le regard éclairé d'un homme d'Eglise de confession catholique, qui plus est passionné et connaisseur de la musique Metal et de son milieu, ne peut qu'être instructif et permettre de tordre le cou (au sens figuré hein!) aux détracteurs de cette musique et de ce festival.
Tout d'abord quelle a été votre réaction au sujet de cette polémique, relayée par de nombreux médias (Presse écrite, radio, TV...) autour du Hellfest, allant jusqu'à l'Assemblée Nationale?


Robert : La polémique autour du Hellfest n’est pas nouvelle. L’an dernier déjà elle était virulente à partir de sites et de blogs Internet souvent très situés politiquement (extrême droite, droite conservatrice (M.P.F), royalistes etc.) et religieusement (catholiques traditionalistes, intégristes etc.). Ces personnes représentent une minorité de français et de catholiques mais elles ont été très actives sur Internet pour dénoncer ce festival « satanique ». C’est dans ce contexte que le Pole des musiques actuelles du pays de Nantes avait organisé le 4 juin 2009 à Gétigné une table-ronde avec des intervenants spécialistes de la culture Metal, dont moi-même. Le but était de dialoguer avec les personnes qui considéraient le Hellfest comme dangereux. Ces personnes très actives derrière leurs ordinateurs ne sont pas venues à cette table-ronde… Ce qui est nouveau dans la polémique cuvée 2010, c’est qu’elle a pris une dimension politique plus nette (dans le cadre de la campagne des régionales avec les interventions de Philippe de Villiers et de Christine Boutin) et aussi par conséquent un aspect plus institutionnalisé et plus médiatisé (le Hellfest objet d’un « débat » à l’assemblée nationale à l’initiative du député PS Patrick Roy). Dans le cadre des régionales utiliser l’opposition au Hellfest comme argument électoral n’a pas été porteur pour la majorité présidentielle qui s’est vue battue très largement (56%) par le président sortant de région socialiste, et même en Vendée (fief de M. de Villiers) où la droite a été battue… Ce qui démontre que Christine Boutin prend ses désirs pour des réalités quand elle commence ainsi sa lettre au PDG de Kronenbourg :
Je me permets de vous exprimer mon indignation, partagé par un nombre croissant de ligériens au sujet du festival de musique metal « Hellfest ».
Je dirais donc qu’il faut faire attention quand on utilise ce genre d’arguments dans une campagne électorale. La dernière polémique pose la question du rapport entre le monde politique et celui de la culture. Sans oublier que derrière un argument qui se veut strictement politique (« on ne doit pas financer ce qui incite à la haine »), il y a en fait un fondement clairement religieux chez la présidente du Parti Chrétien Démocrate. Le moins que l’on puisse dire, c’est que la musique Metal est complètement marginalisée en France dans les media contrairement aux autres types de musique. Alors pourquoi vouloir s’acharner sur un financement public (d’ordre symbolique) de l’unique festival Metal digne de ce nom en France ? Comment se fait-il qu’en Allemagne, chez nos voisins où la religion chrétienne est aussi et même peut-être davantage que chez nous la religion principale, il n’y ait pas à ce que je sache de polémiques semblables ? Alors qu’en Allemagne il y a de très nombreux festivals Metal particulièrement pendant l’été ? La polémique 2010 témoigne d’une grande confusion entres les domaines politiques, culturels et religieux, ainsi que d’une confusion entre le discours officiel (qui se veut strictement politique en vue du « bien commun » et de la « protection des jeunes ») et les arrière-pensées (la part inavouée qui explique en fait la réaction).


U-zine, Pec : Vous étiez présent au Hellfest en 2009 et vous étiez monté au créneau pour défendre le festival l'an dernier lors d'attaques assez identiques. Vous aviez aussi publié une réflexion des plus intéressantes sur le sujet même de ces polémiques, où vous citiez de nombreux passages d'évangiles (lien texte). Avez-vous un retour de l'Eglise par rapport à votre position? La musique Metal n'est pas incompatible avec le fait de croire en Dieu, quel qu'il soit, vous en êtes le plus bel exemple, n'est ce pas ?

Robert : Non, je n’étais pas présent au Hellfest l’an dernier, mais comme je l’ai dit plus haut à la table-ronde de Gétigné le 4 juin. Mon article assez développé, avec des arguments bibliques et théologiques, « Qui sont les vrais satanistes aujourd’hui ? » a eu un certain écho dans le milieu catholique. En grande partie grâce à sa publication sur le blog de Patrice de Plunkett : ici.
82 commentaires tout de même ! Les lecteurs pourront lire cette contribution intégralement s’ils le veulent. Mais permets-moi d’en résumer le contenu de manière humoristique et avec des images…
Où sont les vrais satanistes ? Où est le trône de Satan ?

ICI ?



Ou là ? (suivre la piste Michael Moore…)




En posant la question de cette manière, je me suis attiré un commentaire si violent et si virulent à mon égard que Patrice de Plunkett a été obligé de le censurer sur son blog et de me l’envoyer en message privé… Je n’ai donc pas eu de retours de l’Eglise en tant qu’institution mais de membres de l’Eglise, de catholiques, surtout sur le blog de Patrice de Plunkett. Si bien sûr le culte de Satan est opposé à la foi chrétienne, je ne vois pas pourquoi l’écoute de la musique Metal serait incompatible avec la profession de la foi chrétienne. 15% des métalleux français ayant répondu à mon questionnaire se sont déclarés croyants. Je connais d’autres prêtres métalleux en France, en Italie, au Canada… Et de nombreux jeunes catholiques bien dans leur peau pour lesquels cela ne pose pas de problèmes ! Si les paroles à thématiques sataniques gênent un croyant, ce que je comprends tout à fait, il reste tout de même un choix infiniment vaste de très bons groupes de Metal dont les paroles n’appartiennent pas à ce registre. La musique Metal ce n’est pas : Un Deicide sinon rien !!!


U-zine, Pec : Vous serez d'ailleurs présent en juin au Hellfest à Clisson, pouvez vous nous en dire un peu plus, comptez vous uniquement assister aux concerts? Il semblerait que vous allez aussi participer à votre manière à ce festival?

Robert : En fait l’équipe de Radio Fidélité Nantes (la radio chrétienne locale) m’a invité à participer à une table-ronde le samedi 19 juin dans l’après-midi (à 14h) dans le cadre du Hellfest. Je serai aussi présent le même jour de 12h à 13h sur le stand librairie de l’extrême market pour dédicacer mon livre L’âge du Metal. Comme je peux rester jusqu’à dimanche, j’en profiterai certainement pour rencontrer des amis et voir des concerts. Sans oublier bien sûr la messe du dimanche avec la paroisse de Clisson !


U-zine, Pec : Comme vous le savez, Mme Boutin a adressé une lettre à l'un des sponsors du Hellfest, en argumentant quelques points. Tout d'abord au sujet du visuel de l'affiche du Hellfest et pour reprendre les mots employés ce seraient 'des affiches figurant un homme au physique satanique avec des crocs sanguinolents sans équivoque (...)'. Vous êtes d'après ce que j'ai vu sur votre myspace et sur facebook, plutôt cinéphile, ce visuel ne serait il pas un hommage aux films d'horreur et films de séries B et à ces affiches dans l'esprit Mad Movies? Et d'après vous cette fameuse affiche du Hellfest est elle réellement d’une 'violence morbide rare'? Certaines gargouilles, ou scènes de la bible, que l'on peut trouver sur des cathédrales ne sont elles pas toutes aussi choquantes, non? (rire)

Robert : Je pense que Madame Boutin ne connaît tout simplement pas l’univers culturel décalé et parfois très malsain je le reconnais (cf. les snuff movies) dans lequel les jeunes et les adolescents baignent… Cet homme n’a pas un physique satanique, c’est évident ! C’est une référence au monde des films d’horreur ou encore à celui des vampires. Les trains fantômes de nos fêtes foraines sont remplis de représentations de ce type… Madame Boutin aurait pu évoquer la laideur de ce personnage, mais si être laid et repoussant, c’est être satanique, alors il y a un problème ! Pour la « violence morbide rare » idem. Combien d’affiches de cinéma pourrait-on citer ici ?






Il faudrait donc censurer tous les visuels des films dits d’horreur ou fantastique (Dracula, Frankenstein, les vampires etc.)… Si certains sont réellement malsains, d’autres sont aussi à prendre au second degré et frisent le comique à force d’excès d’hémoglobine, je pense à Brain Dead de Peter Jackson qui fait davantage rire que peur !
La violence et le morbide sont aussi présents dans l’univers biblique et artistique chrétien. Je ne donnerai ici que quelques exemples :
Un passage du psaume 67 (Ancien Testament) particulièrement « gore » :

A qui le hait, Dieu fracasse la tête ;
A qui vit dans le crime, il défonce le crâne.
Le Seigneur a dit : « Je les ramène de Basan,
Je les ramène des abîmes de la mer,
Afin que tu enfonces ton pied dans leur sang,
Que la langue de tes chiens ait sa pâture d’ennemis. »

Pour l’incitation à la violence mise dans la bouche de Dieu lui-même nous pouvons lire le chapitre 13 du Deutéronome et la loi dite de l’anathème (ou de l’interdit)…
6. Si ton frère, fils de ta mère, ou ton fils, ou ta fille, ou la femme qui repose sur ton sein, ou ton ami que tu aimes comme toi-même, t'incite secrètement en disant : Allons, et servons d'autres dieux ! -des dieux que ni toi ni tes pères n'avez connus, 7 d'entre les dieux des peuples qui vous entourent, près de toi ou loin de toi, d'une extrémité de la terre à l'autre- 8 tu n'y consentiras pas, et tu ne l'écouteras pas ; tu ne jetteras pas sur lui un regard de pitié, tu ne l'épargneras pas, et tu ne le couvriras pas. 9 Mais tu le feras mourir ; ta main se lèvera la première sur lui pour le mettre à mort, et la main de tout le peuple ensuite ; 10 tu le lapideras, et il mourra, parce qu'il a cherché à te détourner de l'Éternel, ton Dieu, qui t'a fait sortir du pays d'Égypte, de la maison de servitude. 11 Il en sera ainsi, afin que tout Israël entende et craigne, et que l'on ne commette plus un acte aussi criminel au milieu de toi.
12. Si tu entends dire au sujet de l'une des villes que t'a données pour demeure l'Éternel, ton Dieu : 13 Des gens pervers sont sortis du milieu de toi, et ont séduit les habitants de leur ville en disant : Allons, et servons d'autres dieux ! Des dieux que tu ne connais point 14 tu feras des recherches, tu examineras, tu interrogeras avec soin. La chose est-elle vraie, le fait est-il établi, cette abomination a-t-elle été commise au milieu de toi, 15 alors tu frapperas du tranchant de l'épée les habitants de cette ville, tu la dévoueras par interdit avec tout ce qui s'y trouvera, et tu en passeras le bétail au fil de l'épée.16 Tu amasseras tout le butin au milieu de la place, et tu brûleras entièrement au feu la ville avec tout son butin, devant l'Éternel, ton Dieu : elle sera pour toujours un monceau de ruines, elle ne sera jamais rebâtie.


Dans l’art chrétien, les représentations de la Passion du Christ ou des martyrs peuvent être particulièrement réalistes donc violentes pour les yeux (idem pour le film « La Passion du Christ » de Mel Gibson).

Voici tout d’abord un détail du retable d’Issenheim (Alsace) :
(La crucifixion, œuvre de Matthias Grünewald, 16ème siècle)




La décollation de saint Jean-Baptiste dans l’église Stift Haug de Würzburg en Allemagne :



Dans la basilique de Vierzehnheiligen en Allemagne, saint Denis martyr :




La représentation du martyre (écorché vif) de Saint Barthélémy à Buxheim (Allemagne) :




Quant aux représentations morbides elles sont très nombreuses dans l’art baroque funéraire :
Ici dans la cathédrale de Fulda (Allemagne) :






Ci-dessous, détail de la tombe du pape Alexandre VII à saint Pierre de Rome :




Un autel dans l’église saint Didier d’Avignon :




Sans parler des nombreuses représentations de démons sur les tympans de nos cathédrales gothiques et même parfois de symboles sataniques comme c’est le cas pour la rose nord du transept de la cathédrale d’Amiens !






Que conclure de cette galerie d’images toutes très catholiques ?
Un profane, une personne totalement extérieure à la culture chrétienne, lisant ces textes bibliques, voyant ces représentations ne pourrait qu’être choqué ! Si nous prenons ces textes et ces images sans les situer dans leur contexte religieux, historique et artistique, nous ferons probablement une erreur d’interprétation. Pour les textes bibliques nous tomberons dans le travers du fondamentalisme. Nous aurons isolé dans la Bible les passages les plus violents en omettant de les mettre en relation avec l’enseignement de Jésus sur l’amour par exemple. C’est exactement ce qui se passe quand des personnes extérieures à la culture Metal citent quelques paroles bien haineuses, violentes et sataniques en les comprenant au premier degré, de manière fondamentaliste.
L’interprétation juste demande d’aller au-delà du choc premier et exige un minimum d’effort d’inculturation. C’est valable pour le Metal comme c’est valable pour la littérature biblique ou toute autre forme d’expression culturelle. C’est une règle en quelque sorte universelle. Ce n’est pas pour rien d’ailleurs qu’il existe des spécialistes dans tel ou tel domaine de la littérature, de l’art, de la musique ou de la culture de manière plus générale. Les hommes politiques comme tout homme ne peuvent pas connaître toutes les cultures, mais avant de s’exprimer et de condamner il faudrait prendre le temps nécessaire pour se documenter et se faire conseiller par des spécialistes. C’est ce que j’appelle le passage de l’émotion et des sentiments à la raison.


U-zine, Pec : Cette dame affirme aussi qu'il est avéré 'que ce type de manifestation peut influencer négativement des jeunes en fragilités psychologiques au point de les amener à poser des actes graves et violents'. Le Hellfest est il un festival qui promeut et véhicule la culture de mort ? Quel est votre vision personnelle de ce que vous avez constaté en assistant à des concerts ou festivals de Metal?

Robert : J’irai au Hellfest le 19 juin… Mais j’ai déjà participé à de nombreux concerts Metal avec ma tenue de prêtre (le col romain), donc reconnaissable en tant que tel par les musiciens comme par les fans ! Ma présence n’a jamais suscité une quelconque violence de la part des métalleux, au maximum et dans des cas très rares (2 personnes) une certaine animosité dans le langage, mais sans insulte ni vulgarité. C’est surtout l’étonnement qui dominait dans les réactions des fans.
Au concert du groupe MORBID ANGEL à Montpellier alors qu’ils étaient en tournée avec ORPHANED LAND il y a eu le morceau « Chapel of the ghouls » avec des paroles pas très tendres ni pour les prêtres ni pour l’Eglise : « Crush the priest, The feeble church »… J’ai eu la chance de me trouver pendant tout le concert au premier rang de la fosse, c’est-à-dire aux pieds du guitariste Trey Azagtoth, ce qui m’a permis d’admirer la technicité et la rapidité de son jeu. Ce qui a aussi permis au guitariste de remarquer ce fan si particulier habillé en prêtre… L’anecdote se situe à la fin du concert. C’est une tradition pour les musiciens de donner aux fans des « souvenirs », ça peut être par exemple une baguette de batterie. Trey me regarde et me donne directement son médiator ! Je lui demande alors un autographe sur une carte postale et il s’exécute bien gentiment. C’était sa manière à lui de me montrer combien il haïssait les prêtres… Comme quoi entre les paroles et les attitudes réelles il peut parfois y avoir un abime !
Christine Boutin pose la question de l’influence négative de la musique Metal, ici dans le cadre du Hellfest, sur des jeunes en fragilités psychologiques au point de les amener à poser des actes graves et violents. Sa question n’est pas idiote. Le problème se trouve dans cette affirmation : « il est de plus en plus avéré que ce type de manifestation etc. » Le verbe évoque un fait établi que l’on peut prouver de manière scientifique. Et tout de suite après il y a déjà une nuance qui montre le doute quant à l’affirmation : « peut influencer » et non pas « influence ». Donc même Christine Boutin demeure prudente dans son affirmation du lien entre un festival Metal et des actes condamnables…
Je répondrai par un fait aussi gros qu’une montagne ! Si telle est bien la vérité, comment se fait-il que sur le grand nombre de festivaliers, présents pendant trois jours, il ne se soit pas trouvé au moins un jeune « en fragilité psychologique » ayant posé à Clisson un seul acte grave et violent ? Lorsque ces actes sont commis réellement, comme des profanations de cimetière par exemple (je pense au cas de Toulon), l’audition de musique Metal ne suffit pas à expliquer en totalité le pourquoi de ces dérives. Parce que la réalité est tout simplement beaucoup plus complexe comme toujours avec la psychologie humaine. Sur des personnes fragiles psychologiquement, je ne nie pas que le Metal puisse avoir une influence négative, même si dans certains cas j’ai entendu le témoignage contraire : je ne me suicide pas grâce au Metal qui est actuellement ma seule raison de me raccrocher à la vie ! Mais le Metal n’est qu’un facteur parmi d’autres. Et à ce titre il ne doit pas servir de bouc-émissaire. Les autres facteurs sont bien connus : échec scolaire ou professionnel, problèmes familiaux graves, difficultés amoureuses et parfois idéologies politiques extrêmes. Voilà le cocktail explosif qui peut amener une infime minorité de métalleux à poser des actes condamnables. Si les choses étaient aussi simples que cela, pourquoi alors ne pas interdire en France les partis d’extrême droite comme le Front National ? Car parmi les profanateurs de tombes on a trouvé des jeunes sympathisants du FN… Nous voyons ici les limites de ce type de raisonnement qui ferait de chaque électeur favorable à l’extrême droite un profanateur de tombe…
Affirmer que le Metal pousserait des jeunes à des actes condamnables (parce que dans les faits une minorité de métalleux a commis ces actes), cela revient à dire que le sacerdoce catholique entraîne à la pédophilie, parce que dans les faits un très petit nombre de prêtres sur l’ensemble ont été pédophiles… Ces généralisations et ces raccourcis sont vite intenables quand on les transpose à d’autres domaines que le Metal. Or une logique de raisonnement doit être vraie dans toutes les situations. Autrement elle perd justement son caractère rationnel et fondé. Quant à la promotion de la culture de mort dans le Metal (et au Hellfest en particulier), je répondrai par des faits de vie (qui ne font pas loi, j’en conviens) : je connais personnellement deux jeunes métalleux qui vont en pèlerinage à Lourdes chaque année pour aider et transporter les malades. C’est vrai qu’ils sont chrétiens. J’en connais aussi deux autres, indifférents au niveau religieux, dont l’un a fait un stage auprès des personnes handicapées de l’Arche de Jean Vanier et l’autre rendu des services toujours auprès des personnes handicapées. Ces quatre jeunes métalleux se sont mis au service de la culture de la vie, certains au nom de leur foi d’autres au nom de leur idéal humain. Moi-même, amateur de Metal, j’ai soutenu financièrement l’Alliance pour les droits de la vie à l’époque où Madame Boutin en était la présidente. Je ne pense pas que la gentillesse, la douceur, la politesse, la générosité, l’esprit de service et l’humanisme soient des choses rares dans le public Metal, bien au contraire ! Certes il y en a qui se la jouent misanthropes, surtout dans le black Metal, mais ça c’est un autre débat qui nous mènerait loin ! Un débat sur les airs de « méchant » que certains adolescents veulent se donner par manque de vraie personnalité. Mais le Metal, faut-il le rappeler, n’est pas d’abord une musique d’adolescents. La moyenne d’âge de la plupart des études sociologiques en France donne 24 ans !


U-zine, Pec : Le Hellfest est un festival mondialement connu et reconnu, et très cosmopolite. Les amateurs de Metal en France comme leurs collègues étrangers, sont adeptes de festivals hors de leurs frontières (Allemagne, Belgique, Slovénie, pays de L'Est...). Pensez vous que la musique Metal, peut-être, encore plus que les autres styles de musique permet une ouverture vers d'autres cultures et religions?

Robert : Je vais d’abord parler de mon expérience personnelle dans ce domaine. J’ai eu la chance d’avoir un père globe-trotter qui m’a ouvert très jeune par les voyages à d’autres cultures et à d’autres pays et continents. J’ai beaucoup voyagé avec lui en Europe du sud, centrale et de l’est. Ma découverte du Metal et du black Metal a fait que je me suis intéressé à l’histoire, à la géographie et à la culture des pays scandinaves alors que je n’avais a priori aucun attrait pour ces pays. Grâce au Metal je me suis aussi penché de plus près sur certains aspects de ma foi chrétienne, sur certains passages bibliques controversés et sur l’histoire du christianisme. La critique peut pousser à un approfondissement. Fréquenter cette culture Metal ne m’a pas rendu athée ou moins croyant mais mieux croyant. Une foi qui accepte lucidement les critiques fondées se fortifie (cf. Karl Jaspers cité dans L’âge du Metal, pages 341.342). Donc pour ce qui me concerne il est indéniable que le Metal a élargi mon horizon culturel et religieux d’une manière significative. Et ce n’est pas fini ! Parler des métalleux en général dans ce domaine est par contre difficile. Les références culturelles sont assez nombreuses et variées dans le Metal (cf. les paroles d’Iron Maiden par exemple). Après le métalleux peut s’y intéresser comme il peut en rester au seul niveau musical. C’est affaire de curiosité intellectuelle personnelle.


U-zine, Pec : Ceci peut s'appliquer aussi aux styles musicaux, le Power Metal, Viking Metal, Folk Metal ont souvent pour sujet l'histoire ou les religions de leurs pays d'origine. Quel est votre avis sur ces styles spécifiques qui s'inspirent de croyances diverses ?

Robert : J’ajouterais bien volontiers à ta liste le pagan Metal et le black Metal. Dans pas mal de ces styles on perçoit une certaine nostalgie d’un passé lointain et idéalisé. C’est un regard intéressant mais quelque peu romantique dans le sens d’irréaliste. On glorifie les temps païens, ceux d’avant le christianisme. On glorifie aussi l’identité nationale et ses particularismes. C’est un réflexe identitaire dans un contexte de mondialisation où les notions de patrie, de terre, de nation ont de moins en moins de sens réel et concret. En même temps les jeunes qui écoutent ces styles ne vivent pas du tout comme des vikings mais ce sont des jeunes avec ordinateurs, portables, technologies nouvelles etc. Je pense donc que ces styles de Metal, en évoquant une histoire lointaine et ancestrale, font rêver et permettent à bien des jeunes de s’évader en s’échappant de la grisaille de la vie quotidienne et souvent bien trop ordinaire qu’est notre vie en Europe actuellement.



U-zine, Pec : Anecdote personnelle, en Slovénie le Metal Camp qui est un festival qui dure une semaine dans une petite bourgade dénommée Tolmin, a la particularité d'avoir son site (magnifique) situé à quelques mètres d'un cimetière et d'une église. Je m'y suis rendu, et j'ai rencontré des festivaliers et habitants de la ville, et ceci a permis d'échanger sur les différences de croyances et d'aspects par rapport à la mort des proches. Je prends l'exemple des bougies colorées allumées jour et nuit, à la différence des fleurs dans nos cimetières. Qu'est- ce que ceci vous inspire ?


Robert : Cela m’inspire que quand on est ouvert et curieux on peut toujours apprendre des autres et s’enrichir à leur contact. Chaque culture a sa manière d’honorer les morts. Je pense par exemple aux coutumes très particulières pour nous des mexicains ( qui seraient qualifiées de morbides par Madame Boutin !). Dans un festival Metal celui qui veut agrandir son horizon le peut facilement vu le caractère international et jeune de ce type de manifestations. Les jeunes catholiques ont l’équivalent du Hellfest ou du Metal Camp avec les Journées Mondiales de la jeunesse qui auront lieu en 2011 à Madrid !



U-zine, Pec : Revenons au Hellfest, Madame Boutin a demandé à un fameux partenaire financier de ne plus soutenir le Hellfest. Quel est votre avis sur cette démarche rappelant fortement l'acharnement politique et médiatique dans les années 1980 aux Etats Unis envers cette musique?

Robert : C’est son droit le plus strict de faire cette démarche en tant que femme engagée en politique. Les lobbies existent dans beaucoup de domaines. Et c’est en effet une réalité encore plus importante et massive aux Etats-Unis. L’essentiel est que Madame Boutin agisse au nom de ses convictions (je lui laisse le crédit de la bonne foi) et non pas par tactique électorale pour récupérer les voix des chrétiens conservateurs… En même temps ils sont tellement minoritaires dans notre pays qu’elle n’est pas prête de se faire élire uniquement sur la base de cet électorat ! Le PDG de Kronenbourg est un homme libre, à lui de voir en conscience comment réagir à ce genre de demande.



U-zine, Pec : Lors d'allocutions radiophoniques, cette dame et d'autres politiques ont cité des paroles extraites de chansons, en les traduisant de la langue anglaise en français (sans le signaler bien évidemment). Il existe d'ailleurs des groupes ouvertement catholiques dans la programmation du Hellfest 2010, comme As I Lay Dying.


Robert : Oui, c’est le problème de la citation de paroles sans la juste interprétation culturelle qui doit l’accompagner. J’en ai parlé plus haut. Un athée virulent pourrait de la même manière me citer les paroles violentes de l’Ancien Testament pour démolir ma religion… Pour les anti-Hellfest peu importe qu’il y ait aussi des croyants dans le milieu Metal. Ils sont obnubilés par cette expression culturelle du satanisme qui représente à leurs yeux le danger suprême pour la jeunesse et la société. Mais comme je l’affirme dans mon article « Qui sont les vrais satanistes aujourd’hui ? », pendant qu’ils font ce procès au Metal, ils ne s’attaquent pas aux véritables causes de l’injustice et de la misère dans nos sociétés, le culte du dieu argent et du profit au mépris de la dignité humaine. C’est l’histoire de l’arbre qui cache la forêt. Symboliquement n’est-ce pas choquant que sur le billet vert, le dollar US, le nom de Dieu soit inscrit ? In God we trust. Le capitalisme américain a eu cette audace suprême, proche du blasphème sous une apparence croyante, de mettre le Nom du Dieu vivant sur la plus grande idole de notre temps : l’argent !



U-zine, Pec : Quel est votre avis concernant ces paroles de groupes dit anti chrétiens, et comprenez vous la démarche de ces groupes (parfois historique en prenant l'exemple des pays scandinaves), et quel est votre point de vue sur ce dit folklore et l'imagerie diabolique qui entoure cette musique?


Robert : De grandes parties de mon livre L’âge du Metal tentent de répondre à ta question ! Pour résumer je dirais ceci : en caricaturant je repère deux formes d’antichristianisme dans le Metal. La première est argumentée, intelligente et objective. La seconde est de la pure provocation gratuite, de la propagande haineuse de bas étage. Autant je respecte la première démarche et je l’accepte, autant je trouve ridicule et sans intérêt la seconde ! Parmi ceux qui écrivent ce type de paroles tous ne sont pas cultivés et intelligents, et c’est précisément là que se trouve le problème pour l’image du mouvement Metal dans le grand public, le public de ceux qui lui sont extérieurs comme Madame Boutin. L’anticonformisme, l’esprit de rébellion et de transgression ne sont pas des excuses valables pour se dispenser de réfléchir un minimum à ce que l’on écrit et chante ensuite. La mise en scène (avec des femmes nues « crucifiées ») lors du concert de GOD SEED l’an dernier au Hellfest est le genre de choses qui me révulse et me répugne profondément. Je ne pense pas qu’on puisse encore parler d’art ou de culture par rapport à ce type de « visuel ». Le Metal se déshonore et se donne le bâton pour se faire battre en produisant un spectacle aussi débile que malsain digne des jeux du cirque. Ce n’est plus de la musique, c’est tout simplement du cirque au rabais, du cirque de mauvaise qualité. Avec ce genre de manifestation, je ne suis pas étonné que des personnes normales et saines d’esprit soient scandalisées. C’est vraiment regrettable que les responsables du Hellfest ne soient pas capables dans ces cas extrêmes de pratiquer eux-mêmes une censure, d’abord par respect pour les festivaliers et ensuite par respect pour la musique Metal en elle-même. On ne compense pas la nullité musicale (là je suis un peu dur… mais enfin GOD SEED ne sont pas des génies) par un décor racoleur de très mauvais goût !
Quant à l’imagerie diabolique elle risque maintenant de connaître l’inflation, donc la dévalorisation. Si elle devient un effet de mode, un passage obligé dans le Metal, en quoi peut-elle encore correspondre à un esprit de transgression ? J’ai plus de respect pour PRIMORDIAL que pour IMPALED NAZARENE, si tu vois ce que je veux dire… Je suis heureux de constater que dans la scène black, parmi les groupes les meilleurs musicalement, certains se détachent de ces clichés diaboliques et sont donc originaux, créatifs aussi au niveau des paroles. Ce qui est un plus non négligeable.


U-zine, Pec : Ne pensez vous pas qu'au final, cette manœuvre maladroite de vouloir tout faire pour censurer, et diaboliser (mot qui convient parfaitement au sujet) cette musique et le plus grand festival Hellfest, permet de faire une publicité au Hellfest, en France au grand dam de ses farouches combattants, partis en croisade contre le festival de l'enfer?

Robert : C’est évident ! Les organisateurs eux-mêmes du Hellfest se sont réjouis du fait qu’on ait jamais autant parlé de leur festival dans tous les média. C’est un énorme coup de pub ! C’est la même histoire que le logo « Parental advisory explicit content » apposé sur les CDs aux Etats-Unis pour dissuader les personnes de les acheter ! La censure se retourne très souvent en coup de publicité. Bien des films dont on n’aurait que très peu parlé se sont retrouvés sur le devant de la scène parce qu’ils ont failli être interdits au moins de 18 ans ou au moins de 16 ans… La polémique entre les pour et les contre leur a fait de la publicité. Cf. Les revirements du gouvernement autour du film « Martyrs » de Pascal Laugier (2008).


U-zine, Pec : Si vous aviez la possibilité de rencontrer des représentants de partis politique, ou opposant au Hellfest et à cette musique, accepteriez vous de le faire, et que voudriez vous leur dire?

Robert : Bien sûr je le ferais. J’ai d’ailleurs envoyé à Madame Boutin mon article : « Qui sont les vrais satanistes aujourd’hui ? » Dans l’esprit de cet article je leur demanderais d’orienter utilement leurs énergies pour lutter contre les causes de l’injustice, de la misère et de la pollution… Faut dire que c’est moins facile à faire que d’écrire une lettre au PDG de Kronenbourg. Je leur dirais aussi qu’il est grand temps de réformer le système politique français vu le triste spectacle donné par nos députés à l’assemblée nationale et l’abstention croissante à chaque élection… Bref je les inviterais à moraliser la politique et le capitalisme ! Rien que ça…



U-zine, Pec : Peut être conseilleriez vous à ces détracteurs d'autres groupes ou titres à écouter, comme l'a fait vainement le député Patrick Roy à l'Assemblée Nationale?


Robert : Pour apprécier le Metal à sa juste mesure il faut du temps, il faut une initiation… Il faut surtout le vouloir ! Outrepasser l’agressivité et le choc premier pour goûter la puissante beauté de cette musique… Alors je proposerais d’abord l’écoute de l’album Damnation puis de Deliverance… sans dire bien sûr que c’est le même groupe qui les a composés !


U-zine, Pec : Parlons maintenant un peu de vous et de vos propres gouts musicaux en matière de Metal. Quels sont vos albums et groupes que vous affectionnez particulièrement, et pour quelles raisons?


Robert :
Avant de citer des noms de groupes, je vais dire ce que j’attends en général de cette musique. Ce qui est essentiel pour moi c’est que le groupe soit capable de dégager une atmosphère, une ambiance à la fois puissante, originale et mystique (mystérieuse plutôt ?). Un bon groupe c’est celui qui me permet d’être ailleurs, c’est celui qui me transporte vers une transcendance, un absolu. En écoutant un album de Metal, je dois pendant 60/70 minutes quitter un peu cette terre et ma vie. C’est ça pour moi un excellent album de Metal. C’est aussi pour cette raison que j’aime les longs morceaux de 20 minutes, ça me permet de m’immerger à fond dans une atmosphère unique et de voyager grâce à la musique. L’expérience esthétique que je recherche dans le Metal est donc celle d’un voyage intérieur (cf. le sous-titre de l’album « Perdition City » d’Ulver : Music to an interior film). Un bon groupe pour moi, c’est aussi celui qui sait doser de manière parfaite l’agressivité dans la musique et dans le chant avec la mélodie, les passages rapides et les passages lents. Bref un groupe qui sait utiliser avec brio l’effet produit par les contrastes.
Allez c’est parti pour une litanie forcément incomplète de noms de groupes : Opeth, Dornenreich, Agalloch, Primordial, Shining, Emperor, Enslaved, Monolithe, Shape of Despair, My Dying Bride, Katatonia, Paradise Lost, Orphaned Land etc.


U-zine, Pec : En ce moment avez vous quelques coups de cœur ou découvertes que vous souhaiteriez nous faire partager.

Robert : Cette année a été riche en coup de cœurs. J’en ai découvert pas mal de groupes qui m’ont fait intensément vibrer en live ou avec mon casque chez moi : Solstafir, Satyricon, Swallow the Sun et Negura Bunget (superbe et magnifique !).



U-zine, Pec : Quels autres styles musicaux écoutez vous?


Robert :
Essentiellement du classique mais moins qu’avant, faute de temps. J’aime énormément Mozart et surtout ses opéras.



U-zine, Pec : Vous avez déjà eu l'occasion de rencontrer des personnes appréciant cette musique mais aussi des artistes et musiciens. La rencontre avec le chanteur d'Opeth fut semble-t-il un moment privilégié, pouvez vous nous en toucher quelques mots, nous livrer quelques anecdotes?

Robert : J’ai pu rencontrer Mike backstage à deux reprises. La dernière fois je lui ai remis un exemplaire dédicacé de mon livre vu qu’il est en photo sur la couverture et en quatrième page ! C’est toujours un grand moment de pouvoir échanger quelques paroles avec le leader d’un groupe que l’on apprécie vraiment. Après il ne faut pas se faire d’illusions sur la profondeur de ce type d’échange. Outre le barrage de la langue, il faut comprendre que le musicien sort d’un concert et qu’il est souvent très fatigué. Donc pas de prise de tête intellectuelle ! Mais un contact chaleureux et amical. Mike est très simple, et c’est agréable de s’en rendre compte de manière aussi concrète. J’ai aussi pu échanger quelques paroles avec deux membres de Slayer (Tom et Dave), avec Corb de Negura Bunget, avec des membres de Solstafir et plus longuement avec Eviga de Dornenreich (que j’ai même rencontré chez lui au Tyrol). J’ai enfin passé une soirée et une nuit chez l’unique membre (Wintherr) de Paysage d’Hiver dans son chalet en Suisse près de Berne.



U-zine, Pec : Vous vous rendez aussi, quand votre emploi du temps vous le permet à des concerts Metal. Récemment vous étiez à Lyon pour le concert de Negura Bunget, n'ayant pas pu m'y rendre, quel est votre avis sur ce groupe et sur ce concert. Et avez-vous pu échanger avec le public ou les artistes ?


Robert : Je suis d’abord allé à Lyon écouter Katatonia, et c’est là que Jacques le responsable de Wintermoon Productions m’a donné un flyer pour Negura Bunget. Je n’avais jamais rien écouté de ce groupe mais il y a peut-être dix ans de cela un ami, grand connaisseur de black (c’est lui qui m’avait fait connaître Dornenreich et Primordial), m’en avait fait les louanges, alors je me suis dit que cela valait le coup de faire le déplacement, et vraiment je n’ai pas été déçu ! Un groupe comme NEGURA BUNGET représente tout ce que j’aime au plus au point dans le Metal extrême : sobriété et simplicité des artistes, originalité de la démarche, authenticité (utilisation des instruments traditionnels, un grand plus), des ambiances extraordinairement prenantes, de longues compositions etc. Ce concert était superbe et comme toujours dans ces cas-là trop court. Malheureusement une partie du public venue pour le groupe guest (Orthanc) a manqué de respect par son attitude bruyante et débile pendant les parties calmes du concert des roumains… Comme souvent en concert j’ai pu échanger avec quelques membres du public dont une connaissance, et le fait de vendre et dédicacer mon livre m’a permis aussi de parler avec certains, même si au final je n’ai vendu qu’un seul livre ! Enfin j’ai pu échanger quelques paroles avec Corb, lui faire dédicacer le magnifique livre / Cd de son groupe (Maiestrit / Maiestru Sfetnic), prendre la photo traditionnelle et lui offrir mon livre dédicacé vu qu’il a appris le français pendant de nombreuses années en Roumanie.





U-zine, Pec : Pour finir sur une note 'intellectuelle', je vous propose une version remaniée par mes soins du Questionnaire de Proust. Questionnaire rendu célèbre par Bernard Pivot (Sœur Emmanuelle fut d'ailleurs questionnée dans l'émission Bouillon de Culture, je vous conseille de jeter un oeil sur youtube, moment fort truculent).
Ce questionnaire de Proust doit sa notoriété aux Etats Unis à James Lipton grâce à l'excellente émission 'Inside The Actors Studio', durant laquelle il finissait son émission en proposant ce questionnaire (déjà remanié) aux plus grands acteurs d'Hollywood. Ceci est ma version orienté musique bien entendu, nous concernant! C'est parti pour le Questionnaire de Proust à la sauce Metal!




U-zine, Pec :
1, Quel est votre idée du bonheur idéal ?

Robert : Le Paradis ! Mais ça n’existe pas sur terre… Ici nous n’avons que des bonheurs fragiles et parcellaires, des avant-goûts du grand bonheur…

U-zine, Pec :
2, Quel son, ou bruit préférez vous ?

Robert :Celui de la guitare électrique saturée ! Et des tas d’autres encore…

U-zine, Pec :
3, Quel son ou bruit détestez vous ?

Robert : Celui de l’accordéon par exemple.

U-zine, Pec :
4, Quel est le meilleur moment musical Metal que vous ayez vécu ?

Robert : Question difficile, un concert n’est pas comparable à une écoute chez soi au casque ! Je dirais que le concert le plus inoubliable fut celui de Morbid Angel à Montpellier en tournée avec Orphaned Land même si c’est un groupe que je n’écoute jamais chez moi !

U-zine, Pec :
5, Le pire moment, la pire galère auquel vous ayez été confronté concernant l'écriture de votre livre?

Robert :Grâce à Dieu, je n’ai pas eu à affronter ce type de difficultés…

U-zine, Pec :
6, Votre juron, ou gros mot préféré ?

Robert :: je suis très avare en matière de jurons et bien sûr j’évite d’en prononcer… Un gros mot peut sortir de ma bouche lorsque je suis au volant et que la conduite des autres (qui tournent au dernier moment sans mettre le clignotant par exemple…) me fait sortir de mes gonds, mais je m’en confesse après ! Il faut que j’apprenne à me maitriser aussi dans ces situations-là…

U-zine, Pec :
7, Votre drogue favorite ?

Robert : Désolé je n’ai jamais pris de drogue… Après au sens métaphorique : la prière, la musique et des tas de choses qui me font vivre et me rendent heureux !

U-zine, Pec :
8, Votre boisson (alcoolisée ou non) préférée ?

Robert :Sirop d’orgeat, bières, génépi, chartreuse (je ne peux pas en choisir qu’une !)

U-zine, Pec :
9, Quelle est votre chanson préférée, pour vous 'the greatest song in the world ' ?

Robert :Difficile de choisir, impossible même ! Un air d’opéra, c’est une chanson ? Autrement en Metal : Empire Falls de Primordial par exemple.

U-zine, Pec :
10, Votre groupe préféré, tout genre musical confondu ?

Robert :Mozart Opeth

U-zine, Pec :
11, Votre musicien préféré?

Robert : Mozart

U-zine, Pec :
12, Votre compositeur, ou song writer préféré?

Robert : Mozart

U-zine, Pec :
13, Le meilleur groupe que vous ayez vu sur scène ?

Robert : Morbid Angel

U-zine, Pec :
14, le pire groupe que vous ayez vu sur scène ?

Robert : Tous ceux dont j’ai oublié le nom !

U-zine, Pec :
15, Dernière question, qui devrait vous plaire, si Dieu existe; qu'aimeriez vous qu'il vous dise au moment d'arriver aux portes du Paradis ?

Robert :Entre dans ma joie, deviens pur amour en moi, et rejoins la foule immense des hommes et des femmes sauvés par le sang du Christ ! Bref je n’aimerais pas faire partie d’une petite élite de privilégiés…Etre au paradis et savoir que d’autres sont en enfer me gâcherait ma joie… Avec le cardinal et théologien suisse Hans Urs von Balthasar j’ose espérer que l’enfer n’est qu’une possibilité…


U-zine, Pec : Ce petit moment digne du confessionnal est terminé, je vous remercie d'avoir pris de votre temps pour répondre à ces questions. Nous vous rappelons chers lecteurs que le livre l'Age du Metal, aux éditions Camion Blanc écrit par le prêtre Robert Culat, sera très prochainement chroniqué sur U-zine, et qu'il est disponible dans toutes les bonnes librairies.
Nous avons comme coutume de laisser le mot de la fin à la personne interviewé, voici une petite tribune libre qui vous est offerte, Robert, pour conclure cet entretien comme vous le souhaitez. Merci à vous.


Robert : Cette tribune sera en forme d’image !



Pour me contacter :
http://www.myspace.com/padrebob
http://www.myspace.com/agedumetal


Par : Pec
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Commentaires sur cette interview (45)

Merci à Robert Culat, alias Padre Bob pour avoir répondu de manière si précise et complète à ce long entretien, et aussi merci à lui pour avoir fourni des images pour illustrer ses propos.


Robert Culat

Lire toutes les interviews de Robert Culat :
¤ Robert Culat (auteur) - 15 avril 2010

Lire toutes les chroniques de Robert Culat :
Robert Culat - L'Age du Metal  

 
 

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