Le principe qui voudrait que plus l'on va vite, plus tôt on est arrivé est parfois soumis à de cruels démentis : ainsi, lorsque l'on essaye de contracter l'espace/temps, il se peut que l'on croise des petits hommes ... bleus qui outre vous faire perdre un temps précieux, vous soustraient quelques points et des euros si durement gagnés. C'est donc à la bourre, et avec un chauffeur dont l'enthousiasme initial était franchement en berne que se fait l'arrivée au Cargö, juste au moment du "thank you, good night !" d'une première partie que les divers echos recueillis ensuite faisaient tendre vers le moment sympa.
Tant pis, l'essentiel étant toutefois d'être présent pour Gojira, à quelques jours de leur date en ouverture de Metallica au Stade de France (dont certains présents de ce soir allaient en être, ayant même ramené sur place une banderole fabriquée pour l'occasion). Un groupe de cette envergure qui fait, mine de rien, "l'effort" d'une tournée française bien riche ne peut être que soutenu dans sa démarche. Les lumières viennent de s'éteindre dans la salle, place au spectacle, et à la musique !
Et là, on comprends de suite le succès du groupe, que je n'avais pas franchement croisé depuis une date à Saint Malo où ils ouvraient pour Immortal, alors qu'ils s'appelaient encore Godzilla et qu'ils faisaient déjà preuve d'une prestance scénique bien au dessus de la moyenne. Aujourd'hui les gestes sont moins désordonnés : l’énergie, toujours présente, a été canalysée et est désormais dirigée directement dans la face du public. L’exécution des titres est sans faille, les mecs se promènent littéralement sur scène. Si certain grincheux glosent sur la discographie du groupe, dont la musique aurait perdue en vitesse, brutalité, intensité ... en live ça poutre quand même méchamment, bien que tout ça soit un peu trop happy à mon goût. Le groupe dégage d'ailleurs une impression de zenitude, de mecs cools qui s'éclatent sur scène à faire leur musique, remerciant leur équipe de techniciens, les fans, et s'excusant de ne dévoiler ce soir qu'un seul extrait de l'album à venir, expliquant tout bonnement ne pas encore être prêt, ne juste pas sentir le moment venu pour rendre grâce à leur nouveau bébé. Il faudra donc se contenter du morceau titre "l'enfant sauvage", qui l'est assez, justement : le ton est assez sombre, les parties de batteries lattent ... de là à donner une indication sur la totalité de l'album, bon, ça fait un peu short. Les titres s’enchaînent sans pause, avec un public qui répond au quart de tour sur les passages les plus énervés. Le Cargö est plutôt bien rempli, ce qui fait franchement plaisir et, souhaitons le, encouragera peut être d'autres "gros" groupe à se produire ici.
En cherchant bien, le seul "raté" du concert de ce soir a peut être été le temps de jeu trop court, avec un départ précipité genre "c'est fini, on s'en va, et y aura pas de rappel". Celà étant, le son fût vraiment bon, les lights superbes, la communication justement dosée et les images projetées en fond sobres. Et le groupe de revenir nous achever sur un "Where dragons dwell" absolument colossal, sombre et hypnotique qui aura fini de convaincre ceux qui doutaient encore de la maîtrise qu'a le combo de la scène et de sa musique. Indubitablement : une grande date.